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L’école où les filles apprenaient « patience et soumission »

Posted on: 13/10/2014

Le très bel ouvrage « La fabrique des filles » revient sur la manière française de scolariser le « sexe faible » entre 1870 et 1975. Et c’est édifiant.

 

ecole

 

On entend beaucoup, ces derniers temps, les véhéments pourfendeurs de la soi-disant « théorie du genre » appeler au retour à un prétendu « bon sens » : l’école n’est pas là pour faire jouer les garçons à la poupée et les filles au ballon, car elle n’a pas à se mêler des identités sexuées qui relèveraient de la sphère familiale.

On conseillera aux curieux d’ouvrir « La fabrique des filles », l’ouvrage très richement illustré des deux historiennes Rebecca Rogers et Françoise Thébaud, pour réaliser combien l’école s’est, depuis toujours, mêlée d’identité sexuée… et dans des proportions inouïes !

Certes, celle de Jules Ferry a eu le souci de donner à tous, filles ou garçons, une scolarisation digne de ce nom. Mais c’est peu de dire que les gentes demoiselles étaient assignées dès l’enfance à un rôle très, très précis dans la société. Le rapport du député républicain Camille Sée (1880), destiné à promouvoir la création de collèges et lycées féminins (donc, fort progressiste pour l’époque), le rappelle : une femme est « née pour être une épouse, elle est née pour être mère ». Certes, scolarisée, mais épouse et mère.

 

« Un métier comme papa »

Pas loin d’un siècle plus tard, en 1962, deux phrases tirées d’un cahier d’écolière anonyme montre que les choses ont évolué, mais encore très partiellement :

Dans la famille, la maman fait le ménage, lave le linge, prépare le repas, soigne ses enfants. Parfois, elle a un métier comme papa. »

 

On ne pourra certes pas reprocher à l’école des IIIe, IVe et Ve Républiques de refléter les stéréotypes et évidences de leurs temps – comme on ne peut le faire de la presse ou des  productions cinématographiques de l’époque. Mais s’il est une chose à quoi l’Histoire est utile, c’est bien à la compréhension du présent.

Lire que l’école d’avant-guerre servait à inculquer aux Marthe, Eugénie et Louisette, « modestie, patience, soumission aux hommes comme à Dieu », lire que les balbutiements de la mixité dans les années 30 occasionnaient des craintes quant à la supposée « virilisation de l’esprit » des filles, sert avant tout à se poser une bonne question : quelle ineptie l’école d’aujourd’hui charrie-t-elle avec la meilleure foi du monde ?

 

 

Arnaud Gonzague – Le Nouvel Observateur

Rebecca Rogers et Françoise Thébaud, « La fabrique des filles », Textuel, 162 p., 35 euros

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