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Comment devient-on parfumeur?

Posted on: 14/12/2012

 

 

 

 

Entretien avec François Demachy, nez chez Dior depuis 2006 et parfumeur depuis trois décennies. 

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Comment avez-vous débuté?

J’ai été formé sur le tas à Grasse, un environnement qui prédispose à la parfumerie. Mon père, pharmacien, aurait voulu que je choisisse une profession médicale. Je n’avais pas de vocation pour la parfumerie, mais j’ai commencé à travailler pendant les vacances dans les usines grassoises, pour me faire de l’argent de poche. 

Puis j’ai travaillé plus régulièrement à l’usine Robertet pour payer mon école dentaire (ndlr: Robertet produit entre autres arômes et matières premières pour les parfums). C’est une chance extraordinaire, car j’ai appris à connaître les produits de l’intérieur. Cela m’est toujours utile: je sais comment on transforme les fleurs, ce qu’on peut en attendre. Ils m’ont finalement proposé une formation. 

Aujourd’hui, c’est plus simple de passer par une école. L’ISIPCAà Versailles est la référence mais il y a en d’autres. L’apprentissage n’existe plus. 

Est-il préférable de commencer sur le terrain?

Oui. Il faut toucher, aller voir les fleurs dans les champs, transporter des bidons, s’en mettre partout: on ne l’oublie jamais. Si vous voulez être parfumeur, allez faire un stage dans une usine grassoise. C’est un métier de sensations, il faut le vivre. On fabrique un produit artisanal. 

Quelles qualités doit on posséder pour être parfumeur?

D’abord, la curiosité. Le parfumeur est la courroie de transmission entre le monde qui l’entoure et le parfum. On doit être capable d’exprimer un ressenti. Le métier est un équilibre instable entre abstraction et rigueur scientifique: il faut savoir naviguer entre les deux. 

Il faut aussi « savoir sentir », c’est un effort. Tout le monde ou presque en a la capacité mais c’est une question d’entraînement. Je continue de faire mes gammes tous les matins à l’aveugle! C’est aussi une manière de vivre, il ne faut pas fumer, éviter les plats épicés pour ne pas relever le seuil de perception des odeurs. 

L’humilité est très importante. Créer une odeur est une démarche personnelle, soumise aux critiques. Très souvent, on progresse avec des éléments qui nous sont révélés par des gens qui n’y connaissent rien: c’est toujours une claque.  

Il faut également être patient, car on fait de nombreux essais. C’est un processus long car on travaille avec des produits naturels. 

Est-ce un métier particulièrement masculin?

Non. Il y a de plus en plus de femmes nez. La question de la mixité est d’ailleurs cruciale dans le métier puisque hommes et femmes ont des sensibilités différentes aux odeurs.  

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite devenir nez?

Le plus important est de faire attention à ce que l’on sent. On peut essayer de se construire une bibliothèque olfactive personnelle. Il faut posséder la base: savoir ce que sent un véritable jus d’orange, une fraise, une framboise et pas un arôme. Il faut acquérir des réflexes olfactifs. 

Comment travaillez-vous au quotidien?

On a deux types de projets. Il y a des commandes et des produits que l’on faits seuls, parce qu’on y croit. 

Pour les demandes, on rencontre une équipe marketing, qui nous parle d’un concept. Ils nous donnent des images et surtout du vocabulaire. C’est très important pour moi. Cela dit, le concept reste abstrait et parfois, entre cette réunion et la sortie du parfum un an plus tard, il n’y a plus de rapport. Et moi, personnellement, j’ai besoin d’une muse inspiratrice pour le parfum. 

Quelle est la plus grande difficulté du métier?

Lorsque l’on fait un parfum auquel on croit, qui ne rencontre pas le succès espéré, c’est difficile. Il n’y a pas de règle: on s’attend à sortir un succès, et parfois c’est un flop. On est également confrontés à des gens qui croient s’y connaître en parfumerie, alors qu’ils n’y connaissent rien.  

Et puis, on ne possède jamais une odeur: on croit la connaitre, mais on la redécouvre sans cesse. 

Quels ont été les grands changements du métier depuis que vous exercez?

Aujourd’hui tout est parfumé! Moi, j’ai été formé à l’ancienne: on ne choisissait pas de s’orienter vers le luxe ou l’industrie. Mon premier parfum, par exemple, était destiné à rendre apptissant le fourrage des bêtes! Aujourd’hui, les jeunes doivent choisir tout de suite. L’idéal serait de passer par tous les stades.  

Deuxième changement: tout le monde sort son parfum. Il y a énormément de lancements (entre 400 et 500 en 2010). Beaucoup sont sans histoire, on uniformise les odeurs par le bas. D’ailleurs, tous les parfums se ressemblent. Vous retrouvez les notes aromatiques et boisées dans quasiment toutes les fragrances masculines. Avec 5 matières, on fait 80% du marché. 

Les parfumeurs travaillent également dans un univers plus restreint du fait de l’augmentation du prix des matières premières. Dans une grande maison, on n’est pas soumis à un budget et c’est une chance. Dans d’autres entreprises, vous devez respecter ce budget. Du coup, certains jeunes parfumeurs perdent l’usage de ces matières premières. 

Source: L’Express

 

 

 

 

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