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Carole Bouquet: « Je suis une punk! »

Posted on: 27/10/2011

Carole Bouquet: "J'ai appris à avoir de la patience avec la tristesse, à ne plus en avoir peur".

Icône intimidante, beauté fatale et bonne vivante, l’obscur objet du désir est plus épanoui que jamais. Filmée par André Téchiné dans Impardonnables, l’actrice est éblouissante.

Son visage est un spectacle d’ombres et de lumières: le spleen de son regard et la malice de son sourire, le teint de lys et le rouge aux joues, incontrôlable… Carole Bouquet n’est pas glaciale! Elle est outrageusement belle, vêtue d’une tunique en soie indienne vert d’eau et de sandales violettes. « Gourmande, chaleureuse, impétueuse et excessive », comme elle se définit, elle déborde d’une énergie qui se noue et se dénoue, à l’image de ses jambes somptueuses, qu’elle croise et décroise tout en racontant sa vie. A l’affiche d’Impardonnables, d’André Téchiné, tourné à Venise et adapté du roman de Philippe Djian, elle joue Judith, un personnage qui lui ressemble : une anticonformiste qui a l’esprit d’aventure, l’amour de la vie chevillé au corps. Si proche, si lointaine… Comme Judith, Carole se bat pour être au plus près d’elle-même, armée de l’exigence intérieure d’une Jeanne au bûcher (qu’elle incarnera au théâtre). Dame de coeur et femme d’action, Carole Bouquet mène sa carrière, sa vie de mère, ses combats pour les enfants maltraités avec courage et ténacité. Rien ne l’arrête. Ses rêves brisés, son enfance tourmentée, « cette incontrôlable propension à la mélancolie »… elle en a fait sa force. Carole Bouquet se confie sans restrictions… Et révèle un côté punk qu’elle n’a pas peur de revendiquer, même si elle vient de devenir grand-mère. 

Dans Impardonnables, Téchiné met en scène des personnages extrêmes, révoltés, fragiles. Qu’est-ce qui vous a attirée vers ce film?

En lisant le scénario, j’étais en larmes. Les personnages sont terriblement humains, pleins de contradictions… Cruellement vrais. Judith, que j’incarne, est une Française, agent immobilier à Venise. Elle a aimé une femme (Adriana Asti) ; elle tombe amoureuse d’un homme, Francis (André Dussollier). Mais, aveuglée par son besoin de séduire et sa peur de renoncer à son indépendance, elle se perd et ne se donne jamais. Francis est un écrivain en panne d’inspiration, à la fois très possessif et absent vis-à-vis des deux femmes qu’il aime : sa fille (Mélanie Thierry) et moi. Téchiné décrit de façon très réaliste la complexité de l’âme: nos égoïsmes, nos pulsions les plus basses et nos manques. Mais il ne juge jamais. 

Venise est presque un personnage dans ce film…

Oui, ce n’est pas qu’un décor. C’est une sorte de mère rassurante qui donne un sens de plénitude, d’acceptation des douleurs de la vie et qui semble chuchoter: « Ça va passer, ça va passer… » Avec ses dédales et ses méandres, ses ponts et ses canaux, Venise est aussi la parfaite métaphore du labyrinthe mental dans lequel évoluent les personnages. 

Chez Judith, Francis, Jérémie (le jeune fils de votre ancienne amante) et les autres personnages, il y a d’un côté l’acmé et de l’autre le spleen. Aimez-vous la dualité?

Je n’ai pas le choix! [Rires.] Comme dans la chanson de BarbaraLe Mal de vivre, je peux me réveiller un matin et aller mal, sans savoir pourquoi. Et puis me sentir bien, sans toujours savoir pourquoi. Dans mon appartement, j’ai écrit partout cette phrase de Flaubert : « Prenez garde à la tristesse, c’est un vice. » Je ne joue pas avec le spleen, je n’y trouve rien de fascinant. Mais quand, tout d’un coup, je suis prise d’une terrible mélancolie, c’est malgré moi. Comment y échapper? J’ai appris à avoir de la patience avec la tristesse, à ne plus en avoir peur. 

Carole Bouquet dans Impardonnables.

Dans ImpardonnablesAndré Dussollier fait suivre sa fille (Mélanie Thierry) par un détective privé. Puis, il demande à Jérémie de faire la même chose avec vous. Et, là, vous le trompez avec Jérémie… Est-ce un message?

Oh, on lui envoie beaucoup de messages l’une et l’autre! Mais il est sourd et aveugle… Tout d’un coup, il va entendre et voir. Ce que je trouve magnifique dans ce film, c’est la déclaration d’André Téchiné, qui, à 68 ans, crie: « L’amour est possible! » Combien de fois on s’est arraché les yeux parce que l’autre n’entend pas ou entend mais c’est trop tard! Dans Impardonnables, on arrive juste à la frontière de la rupture. Mais tous les personnages, à un moment donné, arrêtent leur guerre et essaient d’aller vers l’autre. 

Les personnages du film sont orphelins de père ou de mère… Vous avez été élevée par votre père. Cela a-t-il eu des conséquences?

Mon côté garçon manqué… Quand on est petit, on regarde ceux qui sont autour de vous pour trouver des repères : moi, j’avais en face de moi un homme seul qui travaillait beaucoup et ne parlait pas. La féminité ne peut être transmise que par une mère… C’est quelque chose qui s’apprend au jour le jour. Même quand j’ai joué dans Cet obscur objet du désir, de Buñuel, la féminité était un déguisement pour moi! Heureusement, j’ai eu des amies très féminines qui me conseillaient sur ma façon de m’habiller. Je faisais des efforts pour elles, mais ce n’était ni pour moi ni pour un homme. Au contraire, le regard des hommes sur moi me terrorisait. J’ai changé mais, jusqu’à très récemment, pour rien au monde vous ne m’auriez fait dire que j’allais chez le coiffeur! 

Impardonnables aborde le thème de l’homosexualité, que Judith vit avec beaucoup de naturel, alors que pour Jérémie elle représente une menace… Est-ce que vous pourriez être attirée par une femme?

Bien sûr. Autour de moi, il y a des femmes qui sont amoureuses d’un homme, puis d’une femme, puis d’un homme. On fait des rencontres dans la vie: quand on aime, le sexe de la personne n’est pas si important. 

Vous produisez du vin – Sangue d’oro -, des câpres et de l’huile d’olive dans votre propriété sur l’île sicilienne de Pantelleria. Epicurienne?

Malheureusement, trop! Faire du vin n’est pas né de l’envie de mettre mon nom sur une étiquette, mais de l’amour d’une terre. En gastronomie, je ne sais pas être raisonnable. La table est une vraie fête pour moi. La semaine prochaine, j’irai déjeuner dans l’un des meilleurs restaurants au monde, chez Vittorio, à Bergame… Et, depuis une semaine, je me dis: « Carole, il faut que tu sois sage! » Et puis je pense: « Tu n’en as jamais été capable! » Je viens de devenir grand-mère – Dimitri, mon fils aîné, a eu une petite fille – et pendant la grossesse de sa femme, je n’ai pas arrêté de manger: j’ai pris 5 kilos. Je passe mon temps à faire des stratégies pour ne pas tomber dans l’excès, mais j’adore les repas gargantuesques. Je dévore! Comme si je dévorais la vie et que j’accaparais le monde. Heureusement, j’adore nager, faire du sport. J’ai fait de l’athlétisme à 12 ans au niveau des championnats de France… J’ai arrêté à 14 ans parce que j’étais en pension: je ramenais des coupes et j’étais vexée, car personne ne me félicitait. 

Etes-vous autant excessive en amour?

Regardez ma vie, vous aurez la réponse. 

Vous êtes aussi très engagée…

Je milite pour le droit au logement et je suis le porte-parole de l’association la Voix de l’enfant. Nous sommes en train d’opérer une fusion entre la Fondation pour l’enfance de Mme Giscard d’Estaing et la Voix de l’enfant. C’est parce que la petite fille que j’étais a eu des moments de grande tristesse que je ne suis pas sourde à la douleur des enfants. 

Vous considérez-vous comme « bourgeoise »?

Oui, j’ai des origines bourgeoises. [Rires.] Et les origines laissent des traces… Mais, derrière mon image hautaine, je suis une punk! Quand Bertrand Blier m’a choisie pour Buffet froid, en 1979, il ne savait pas que j’avais joué pour Buñuel. Il a été intrigué par mon look: j’étais habillée de noir, avec des lunettes rouges et une voilette. Je venais de tourner Blank Generation, d’Ulli Lommel, un film sur la génération punk new-yorkaise. J’y incarne une journaliste qui interviewe Andy Warhol sur la base d’une citation de Godard: « Le cinéma est le lieu du crime et de la magie ». Cette année-là, 1978, Warhol fit mon portrait et l’afficha à la Une de son magazine Interview. Et, là, j’ai eu mon quart d’heure de gloire punk! Aujourd’hui, je suis plus punk que jamais. 

Source: L’Express

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